jeudi 22 novembre 2018

Conférences Samedi 8 décembre 2018

Madame Jacynthe Tremblay, (Nanzan Institute for Religion and Culture, Japon)  

« Le soi égaré. La “voie” selon Nishida »

Le propos de cette conférence est de démontrer que Nishida Kitarō accorda une grande importance au concept de « voie » (道, 路, 途), ainsi qu’en fait foi ce tanka daté de 1936 : 「人は人吾は吾なりとにかくに吾行く道を吾は行くなり」. (Les gens sont ce qu’ils sont. Je suis qui je suis. De toute façon, je vais suivre la voie que j’ai empruntée). On trouve près de 300 occurrences du mot « voie » dans les écrits de Nishida. À cela s’ajoutent le nombre considérable de mots composés avec les caractères 道, 路 et 途, et auxquels Nishida octroya soit une signification philosophique particulière, soit un rôle d’articulateurs logiques de son discours, par exemple 道具 (outil), 経路 (chemin, route), ou encore 途中 (chemin faisant). Il apparaîtra également qu’en même temps qu’il insiste sur la « voie », Nishida approfondit le concept de « soi » (qui chemine sur la voie), de même que les relations entre le soi et le monde, notamment entre le soi et son corps. Or, constatera-t-on enfin, Nishida insiste simultanément sur le fait que cette « voie » n’est jamais donnée d’avance et doit être tracée à mesure que le soi pose des actes en ce monde et entre en relation avec autrui. Elle est aussi dépourvue de but, si bien que paradoxalement, le soi ne peut atteindre sa propre profondeur et trouver vraiment sa propre voie que lorsqu’il est « égaré » . 


La séance aura lieu : de 14h30 à 16h30 à l’Inalco, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris, salle 3.11.

lundi 1 octobre 2018

Conférences Samedi 6 octobre 2018

M. Jean-Michel BUTEL, (CEJ / Inalco)  

« Ce que permet le lien : histoire et utilisation contemporaine du concept de en 縁 au Japon. »

Quand on s’intéresse aux relations interpersonnelles au Japon, et aux mots utilisés pour en parler, on rencontre fréquemment un terme dont l’emploi laisse entrevoir une profondeur sémantique qu’on a rarement le temps d’explorer : celui de en 縁. Dans cet exposé, nous aimerions retrouver les grandes étapes de cette notion : son apparition en Chine, son utilisation dans l’enseignement bouddhique, son introduction au Japon et les différents développements qu’il y a connus, dans le milieu de la cour impériale tel qu’on peut l’entrevoir à travers la littérature, chez les guerriers, à l’époque moderne et chez les scientifiques japonais, plus particulièrement les anthropologues de la fin du XXe siècle. Ceci devrait permettre de rendre compte de la polysémie du concept, mais aussi de ce qu’autorise son usage pour nos contemporains. Nous évoquerons pour finir ce que l’on dit de la relation amoureuse au Japon quand on la pense en terme de en.

M. Laurentiu ANDREI (ENOJP/PHIER, Académie de Créteil, Paris I Panthéon-Sorbonne)


« Propos sur engi  (縁起) : Implications éthiques de la coproduction conditionnée »    

Considérée comme un élément essentiel du credo bouddhique, la coproduction conditionnée (<s> pratītya-samutpāda, <j> engi 縁起) désigne la chaîne causale duodénaire que Śākyamuni Buddha aurait découvert lors de son éveil. Outre le fait qu’elle donne une explication à l’origine de la souffrance liée à la perpétuation au sein du cycle karmique des renaissances, la coproduction conditionnée est aussi une manière de rendre compte de la causalité inhérente à la réalité des choses et phénomènes. D’emblée, elle fut considérée comme une théorie dont le sens véritable tend à demeurer caché et dont la profondeur est à la mesure de son obscurité. De fait, on chercha à comprendre, par exemple, si son inéluctabilité était compatible avec le caractère intentionnel des actes ; si, parmi ces actes intentionnels, la pratique de la voie permettait de s’en libérer. Le cas échéant, cela implique-t-il qu’un éveillé puisse être considéré comme celui dont la condition existentielle s’affranchit d’une quelconque dynamique causale et dont les actions sont dépourvues de caractère moral ? 


Eu égard aux problèmes d’ordre métaphysique et éthique qu’elle soulève, on comprend que la coproduction conditionnée ait pu exercer la sagacité de générations de pratiquants et de bouddhologues qui se sont attachés à en clarifier le sens à travers une littérature abondante. Prenant appui sur certains de ces travaux, la présente communication souhaite aborder la question de la causalité en sa dimension éthique à partir de trois écrits du moine zen Dōgen (
道元) (1200-1253) : La grande pratique (Daishugyō 大修行), Les trois temps karmiques (Sanjigo 三時業) et Foi profonde en cause et effet (Shinjin inga 深信因果).


La séance aura lieu : de 14h30 à 16h30 à l’Inalco, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris, salle 3.15.

vendredi 31 août 2018

Conférences Samedi 15 septembre 2018

KAWASATO Suguru, Université de Nagoya (Japon)  
Annie Spratt @ Unsplash

« L’utilité de l’outil et la vérité dans l’art »

Dans cette communication, nous examinerons la caractéristique de l’œuvre d'art principalement par trois points. D’abord, en étudiant l’outil qui appartient à la même catégorie que la chose fabriquée, nous examinerons le rapport entre nous et l’outil sous la perspective d’« utilité » dans la vie pratique. Heidegger caractérise l’utilisation d’outil dans le lien de son « emploi » (Wozu). De même, Bergson examine l’attention à la vie qui empêche la reconnaissance d’une chose qui apparaît toujours dans notre perception, mais sans être perçue.

D'autre part, L’Origine de l’œuvre d'art, Heidegger nous présente l’œuvre d’art comme ouvrant un « monde » (Welt) propre à chaque œuvre, en écartant le lien d’ « utilité ». Il en va de même chez Bergson ; il considère l’artiste comme celui qui peut nous montrer la « réalité » des choses à travers son œuvre d'art. Cette réalité ne signifie pas simplement l’état matériel d’une chose. Bien qu’elle apparaisse en rapport avec la reconnaissance du sujet qui perçoit, elle représente la propre apparence d’une chose qui n’est pas incorporée dans la vie pratique du percepteur. Il s’agit de deux caractéristiques de l’art dans la théorie de Heidegger et Bergson : le point de vue destiné à la vie pratique et la réalité même des choses.

Enfin, nous examinerons la pensée de Hideo Kobayashi qui considère la beauté pour les Japonais inséparable de l’utilisation de l’objet au quotidien. Ce n’est pas une attitude d’observateur d’une œuvre d'art en tant que spectateur au musée, mais celle de pouvoir sentir la matérialité et le rythme même de l’objet à la dimension physique. Même si la manière d’accepter la beauté n'est pas exactement la même que celle des Japonais jusqu’à l’ère Shôwa, Kobayashi présente notre rapport naturel avec la « chose » avant de le diviser en concept d’utilité et de beauté artistique.


À partir d’un commentaire d’une section portant sur la différence essentielle et existentielle qu’il faut établir entre sujet et individu dans le deuxième chapitre de la quatrième partie du livre majeur de Simondon, L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, nous allons tenter d’ouvrir une perspective dans laquelle pourraient se réconcilier les philosophies de Nishida et de Tanabe autour du concept de sujet individuel, afin d’aborder un problème délicat qui se pose aujourd’hui sur le rôle éthique à jouer pour un sujet dans le monde trans-/post-humaniste qui vient. 

La séance aura lieu : de 14h30 à 16h30 à l’Inalco, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris, salle 4.15.

vendredi 15 juin 2018

Conférences Samedi 30 juin 2018

KOBAYASHI Toshiaki (Université de Leipzig, Allemagne)  

« L‘instant appelé ma » « 間(ま)という瞬間 »

Le concept de « maintenant » est le nœud de la théorie philosophique du temps. À propos du « maintenant », on pourrait s’exprimer exactement comme Augustin : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus » (Confessions, 11, 14 [trad. Trabucco]). Nous le savons, mais nous ne le savons pas. 

Photo by Darius Soodmand on Unsplash
La notion couramment utilisée en un sens quasiment identique est celle de « présent ». Augustin a parlé de « présent du présent » ; or, ces deux présents sont-ils différents ou identiques ? S’ils ne sont pas différents, l’expression « présent du présent » n’a aucun sens. Et pourtant, s’ils ne sont pas identiques, il n’y a aucun sens à utiliser le même mot « présent ». Bref, le « présent du présent » est une identité différentielle qui fait sens in extremis, c’est-à-dire, pour parler comme Nishida, une « auto-identité contradictoire ». Nishida a désigné la même chose en parlant d’« éternel maintenant », ou encore d’« auto-détermination du maintenant ». 

En grec, il existe deux mots pour exprimer le temps : kairos et chronos. C’est le kairos qui est important pour le thème du maintenant-présent. Si le présent vivant qu’est le maintenant est kairos, chronos est quant à lui son objectivation. C’est justement parce qu’il est objectivé que chronos est quantifié, tandis que le maintenant qui nous apparaît plein de vie est l’instant qui ne peut être quantifié.


Le concept heideggérien d’Anwesen et le mot japonais ma 間 [intervalle] nous donnent quelques indices qui nous aideront à faire un pas en avant dans cette « généalogie du kairos » composée du maintenant, du présent, du kairos et de l’instant. Qu’est-ce qu’un intervalle se trouvant dans l’instant, dans le maintenant sans durée ? Quelle alternative cette question peut-elle donner à la théorie philosophique du temps?

哲学的時間論の核心をなすのは「今」の概念である。アウグスティヌスは「ではいったい時間とは何でしょうか。だれも私にたずねないとき、私は知っています。たずねられて説明しようと思うと、知らないのです」(『告白』11,14)と言っているが、この言葉は「今」という概念にこそふさわしい。われわれはそれを知っている、しかし、知らないのである。 


「今」とほぼ同義に使われているのは「現在」である。アウグスティヌスは「現在の現在」といったが、この二つの「現在」は違うのか、同じなのか。違っていなければ、「現在の現在」という表現は意味をなさない。しかしまた、同じでなければ、同一の言葉「現在」を使う意味がない。つまり、「現在の現在」とはぎりぎりのところで意味が成立する差異的同一、すなわち西田の言葉でいえば、「矛盾的自己同一」のことである。西田は同じことを「永遠の今」と言い、「現在の自己限定」とも言った。 


ギリシア語には時間を表わすのに「カイロス」と「クロノス」という言葉があるが、今=現在にとって重要なのはカイロスである。今という生きた現在がカイロスであるとすれば、それが対象化したものがクロノスである。対象化されているからこそクロノスは数量化されるが、生き生きと現前する今は数量化ができない瞬間である。 


こうした今、現在、カイロス、瞬間といった一連の「カイロスの系譜」をもう一歩推し進めるのに、ハイデッガーの「Anwesen」や日本語の「間(ま)」という概念がいくつかのヒントを与えてくれる。長さを持つことのない今という瞬間のなかにある間とは何か。それはこれまでの哲学的時間論にどのようなオルタナティヴを提供することができるのか。講演では、そのような問題に挑戦してみたい。



KURODA Akinobu (Université de Strasbourg)


By Liam Burnett on Unsplash
« Sujet et individu : une lecture simondonienne de Nishida et Tanabe » 

Le concept de shutai 主体 en japonais ne peut plus toujours se retraduire par « sujet », alors même que ce terme japonais fut introduit initialement, vers la fin des années 1920 ou au début des années 1930, afin de traduire le concept marxiste de sujet en tant qu’agent d’activité humaine. Qu’est-ce qui rend difficile voire impossible cette retraduction du japonais en français ? Quelle est la différence qui est devenue irréductible entre shutai et sujet ? Un shutai est-il toujours individuel, ou peut-il être collectif ? Un shutai appartient-il nécessairement à une espèce biologique et/ou à un groupe ethnique ? Quel est alors le rapport du shutai à son milieu ? Faudra-t-il aussi parler de la pathologie spécifique du shutai ? Autant de questions se posent autour du concept de shutai.


Cette communication se propose de réexaminer sous un angle nouveau le concept de shutai dans la dernière phase de la philosophie de Nishida et le concept de shu (espèce) dans la dialectique absolue chez Tanabe à la lumière des notions de sujet et d’individu définies conjointement l’une avec l’autre dans la philosophie de l’individuation de Gilbert Simondon.

À partir d’un commentaire d’une section portant sur la différence essentielle et existentielle qu’il faut établir entre sujet et individu dans le deuxième chapitre de la quatrième partie du livre majeur de Simondon, L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, nous allons tenter d’ouvrir une perspective dans laquelle pourraient se réconcilier les philosophies de Nishida et de Tanabe autour du concept de sujet individuel, afin d’aborder un problème délicat qui se pose aujourd’hui sur le rôle éthique à jouer pour un sujet dans le monde trans-/post-humaniste qui vient. 

La séance aura lieu : de 14h30 à 18h00 à l’Inalco, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris, salle 4.06.

vendredi 1 juin 2018

Conférences Samedi 9 juin 2018

Photo by Nathan Anderson on Unsplash
Yukiko KUWAYAMA (Université de Hildesheim, Allemagne)

« Ki as a phenomenon of feeling »

In this presentation, I would like to introduce my dissertation’s project, in which the main aim is to explore numerous verbal expressions connected to the east Asian concept of ki (chin. qi / 気) as an approach to a phenomenology of feelings and emotions. This Sino-Japanese term used for air, sense, feeling, atmosphere, mood, smell, intention, interest etc. has a broad and flexible range of meanings, including its transformative character, taking a position between materiality and immateriality or its being both at the same time. In my current research, the main thesis is concentrated on the following three points: 


  1. To assert feelings as both bodily and mental phenomena. 
  2. To see feelings as intersubjective phenomena which are grounded in their interpersonal contexts and their situatedness in a place (both in a way which can be seen analogous to an atmosphere or mood, and also in the sense of an interactive energetics of affection, intentionality and ki).
  3. To be able to assert that feelings that emerge in our everyday life are not closed, personal and private phenomena with an obvious frame to which they belong, a specific ownership, or a clear starting point. 

It seems to be more appropriate to say that they occur in a spontaneous way (to be expressed in the grammatical form of the middle voice) and in a concrete situation where the people involved are always already formed by their bodily as well as mental being and their historicity, culture, customs, but also by their personal attitudes, tendencies and their daily conditions etc. By saying that feelings emerge “in a spontaneous way” I would like to show a value-free dimension of feelings and emotions in their way of arising, as it is introduced in the third book of Spinoza’s Ethics. Through this non-judgmental view, the categorizing border between pure activity and pure passivity in affection or emotional movement becomes vague and unclear. Yet this doesn’t necessarily mean a blind acceptance of pathetic chaos or a blind belief in the determination of “nature” for instance. On the contrary, my interest lies in finding a starting point to pose the question of how we should and can cope with this indefinability of a state between pure activity and pure passivity in our emotional way of being. Precisely through this non-judgmental perspective, there can be found the freedom and possibility to get into contact with and work on one’s own emotional way of being, which represents the last part of my dissertation on the cultivation of feelings.

The concept of ki, which is introduced also in comparison with the classic Greek word “pneuma” and the Sanskrit term “prajna” by Yamaguchi Ichirō, covers the three points mentioned above. In my presentation, I will explore the previous three points with argumentations and examples from my current research on ki, which is related to the concepts of “mood” (風情) and “feeling reason” (感ずる理性), as introduced by Ōmori Shōzō and Nishida Kitarō.
 



FrancescaGRECO (Université de Hildesheim, Allemagne)

« The Soku-Structure of the Boundary » 

The aim of my presentation is to explore the relation between Nishida´s use of the expression soku (即) in his late works and the phenomenological structure of the ‘boundary’ concept. By approaching the problem with a transformative phenomenology I will call into question the role of the opposition, the relatedness and the contradiction inherent to a certain logic of soku in Nishida´s thinking. Afterwards I will try to apply this logic to the phenomenon of the boundary (ὁρισμός, horismós; ὁρίζω, horizo).

I will begin by analyzing the appropriation of soku by Nishida in order to point out how the development of this concept affords him to mature his thinking and open new paths of philosophying. The central idea is that soku has been used by Nishida as a method that can spell out the contradictions and interceptions of the world. Putting soku into practice in his ‘logic of place’ Nishida is drifting away from Hegel, even if he keeps using his formulations and terminologies. Moreover, in my opinion, Nishida approaches more and more Heidegger´s and Derrida´s thinking, on whom I will refer to interpreting soku as structure. The guiding thread is that soku represents not only a non-dual logic, but a more complex structure of thinking, almost a method of analysis of phenomena.

Furthermore my intent is to develop a short phenomenology of the boundary and show the difficulties that it introduces. Boundaries have the ambivalent function to create identities by enclosing an existence’s field of something and at the same time the task of differentiating it from something else. But the simultaneity of this operation slips us often away, not only because the boundary forces us to observe two different actions at the same time. The main difficulty in this simultaneity is that in its acting the boundary is opening a new field of thinking: the boundary in itself is not neutral, it is in turn a thing. The boundary occupies a particular space: it is a leeway that essentially modifies the relation between opposites; between the inside and the outside, identity and difference. The boundary functions as horizon in which we are trying to grasp a thing as that very thing.

My purpose is to show how the function of the boundaries as leeway is rather polyvalent than only ambivalent and that because of what I will call soku-structure. Employing the soku-structure to interpret the phenomenon of boundary I will show how this is indeed the threshold that brings to overcome the dualism and open a new thinking of relationality based on Nishida use of soku.


La séance aura lieu : de 14h30 à 17h30 à l’Inalco, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris, salle 3.15.

lundi 30 avril 2018

Conférences Samedi 12 mai 2018

 
Quentin Blaevoet (Université de Lille III)

Titre : « L’héritage phénoménologique du jeune Nishida Kitarô »

Myoshinji Reuun'in 妙心寺霊雲院
Les Recherches sur le Bien (善の研究) sont l’expression d’une intuition philosophique première qui prend la forme, d’abord, d’une psychologie descriptive organisée autour de la notion d’« expérience pure » (純粋経験), empruntée à William James. Elle constitue pour Nishida le principe du processus d’unification de toute la réalité. 

Tant de par l’élaboration d’une psychologie descriptive que par la recherche de l’unité des multiplicités la philosophie de Nishida entretient comme un air de famille, une proximité avec la phénoménologie européenne initiée par Husserl, dont Nishida se fera commentateur et interprète dans les années qui suivent les Recherches sur le Bien. Les réflexions collectées dans『自覚に於ける直観と反省』1 consistent – du moins en partie – en la réévaluation de ces premières intuitions philosophiques à la lumière de la philosophie husserlienne elle aussi encore en cours d’élaboration. 

Dans quelle mesure la philosophie de Nishida, telle qu’elle se développe à partir du milieu des années 1910, est-elle tributaire de la phénoménologie de Husserl ? Sans négliger le fait que dans cet ouvrage Husserl ne constitue pas la seule pierre angulaire de la réflexion, il s’agira pour nous, au cours de cette étude, 1. d’analyser et d’interpréter les transformations de la philosophie de Nishida dans le passage de 『善の研究』(1911) à『自覚に於ける直観と反省』(1913-1917), 2. d’y déceler les influences de la phénoménologie husserlienne et d’en analyser la portée ; et 3. d’évaluer l’importance de la phénoménologie dans l’élaboration de la logique du Basho. 

Enfin, il s’agira non pas seulement de mettre en évidence l’héritage phénoménologique de Nishida, mais d’amorcer ce qui sera l’objet d’une autre étude, c’est-à-dire la nécessité contemporaine, pour la phénoménologie, de prendre en charge la philosophie de Nishida une fois sa pensée parvenue à l’âge de sa maturité, au sein de laquelle fleurissent les différents lieux, en particulier le lieu du Néant absolu qui dépasse les acceptions des transcendantalismes dans lesquels la philosophie de Nishida prend racine, y compris celle de Husserl. 

1. Nous utiliserons au cours de notre étude la traduction anglaise de Valdo H. Viglielmo, Takeuchi Yoshinori et Joseph S. O’Leary, Albany, State University of New York Press, 1987.

La séance aura lieu : de 14h30 à 17h30 à l’Inalco, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris, salle 3.15.

lundi 26 mars 2018

Conférences Samedi 7 avril 2018

 
Maruyama Masao (1914–96)
Samuel Marie (Université Lyon III)

Titre : De la problématique de la nation à celle de la société civile chez MARUYAMA Masao

De la problématique de la nation à celle de la société civile chez Maruyama Masao. Le problème de la nation et du nationalisme est récurrent dans l’oeuvre de Maruyama Masao. Dès les textes de jeunesse sur la pensée néo-confucéenne l’établissement d’un État-nation est présenté comme l’accomplissement de la modernité politique. Néanmoins, et par opposition à la doctrine ultra-nationaliste et tennô-centrique s’appuyant sur une conception ethnique (minzoku) ou mythique de la nation, Maruyama défend, sous l’influence d’auteurs comme Locke, Hegel, Mill ou Fukuzawa, ce que l’on pourrait décrire comme un nationalisme civique et libéral. Rendre possible l’autonomie individuelle et sociale des individus, telle doit être la finalité d’un État moderne digne de ce nom. Maruyama en vint à la conclusion d’un lien interne entre l’existence de sujets libres et responsables et l’État-nation moderne. Toutefois, à partir des années 50 Maruyama Masao prit ses distances avec le modèle de l’État-nation pour se concentrer, à la lumière des écrits de Tocqueville, sur l’importance du tissu associatif pour la vitalité des démocraties. Dans cette communication nous examinerons comment Maruyama passe d’une défense du nationalisme civique à la défense de la société civile.



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Imanishi Kinji (1902–92)
Haruko Boaglio (Université du Havre)

Titre : Regards croisés sur l’évolutionnisme en France et au Japon : Jules MICHELET et IMANISHI Kinji 今西錦司

Cet exposé est un essai de comparaison de deux intellectuels, Jules Michelet (1798-1874), historien français du 19e siècle, et Kinji Imanishi (1902-1992), biologiste japonais du 20e siècle. Ils ne se sont évidemment jamais rencontrés, ni probablement n’ont eu connaissance de leurs travaux respectifs. Ce qui lie ces deux personnes est leur implication dans l’acceptation de la théorie de l’évolution des êtres vivants. Michelet l’a découverte à Paris, au Jardin des plantes où enseignaient Buffon, Lamarck et Geoffroi-St-hilaire. Imanishi, au Japon, en a eu connaissance à l’université, à travers L’Origine de l’espèce de Darwin, traduite et présentée dans les années 1920. L’attitude de ces deux intellectuels vis-à-vis de cette théorie a été très différente : Michelet s’est enthousiasmé de cette nouvelle notion du monde pour alors qu’Imanishi s’est inscrit en opposition contre darwinisme. Nous reconnaissons malgré tout certains points de convergence dans leurs acceptations. Par exemple :


  1. La forte présence de la notion géologique. - Les deux personnes, au-delà de leurs réflexions temporelles sur l’évolutionnisme, avaient également un solide regard spatial du monde. Michelet, avant d’aborder à la rédaction de l’Histoire de France, rédige Introduction à l’histoire universelle et Tableau de France, parcours géographiques du pays. A travers ses recherches historiques, on voit sa forte intention de saisir le monde en sa totalité, géographique et historique. Quand à Imanishi, son observation des êtres vivants débute par des recherches sur la géologie des montagnes, puis introduit la notion de « ségrégation » de l’habitation des insectes et des poissons, la répartition des espèces selon la géographie. La « ségrégation » est d’ailleurs une des notions clés qui constitue la base de sa propre théorie de l’évolution.

  2. Subjectivité dans l’évolution – Contrairement au darwinisme qui considère comme la cause de l’évolution la concurrence entre les individus et les mutations, ils accordent tous deux une importance à la subjectivité 主体性 des êtres vivants dans l’évolution. Pour Michelet, un dynamisme interne est toujours le moteur primordial des mouvements sociaux. Quant à Imanishi, une des spécificités de son évolutionnisme est de penser que « l’évolution est imprimée dans l’espèce ou dans l’individu ». Ce n’est pas parce qu’ils sont forcés d’évoluer mais l’évolution fait partie de la vie. Ils n’ont pas besoin de causes externes, « les êtres vivants changent, parce qu’ils doivent changer ». Cette formule qu’a prononcée Imanishi s’appliquerait sans mal aux pensées de Michelet même dans ses œuvres historiques. 

  3. Ces observations et analyses nous conduiraient à la perception d’une « imagination terrestre » chez Imanishi et Michelet, dont parlent des penseurs tels que Bachelard, Eliade ou Daisetsu Suzuki.

    La séance aura lieu : de 14h30 à 17h30 à l’Inalco, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris, salle 4.06.