samedi 19 octobre 2024

Conférence Vendredi 25 octobre 2024

Amphi 3, Inalco, 65 rue des Grands Moulins Paris 13e

Pour le lien Zoom, prière de contacter : takako.saito@inalco.fr

15h30 – 17h30 (l’heure au Japon 22h30-0h30) Communication suivie de discussion d’une demie heure


M. Kôichirô KOKUBUN (Graduate School of Arts and Scienes, The University of Tokyo) 

« La voix moyenne et la question de la responsabilité »

Résumé

L’« actif » et le « passif » sont les principales catégories que nous utilisons pour décrire nos actes. Lorsque nous effectuons quelque chose, nous sommes considérés comme actif. Lorsque nous subissons quelque chose, ou que l'on nous fait quelque chose, nous sommes considérés comme passif. Or, une simple réflexion suffirait pour remettre en question ces visions ordinaires. Lorsque nous pensons, par exemple, est-ce vraiment nous qui pensons ? N'est-il pas plus juste de dire que, heureusement ou malheureusement, le processus de pensée est déclenché par quelque chose dans notre esprit ? Si c’est le cas, il vaudrait mieux dire : « Le fait de penser est en train de se dérouler en moi » au lieu de « Je pense ». Ce type de reformulation peut s'appliquer non seulement au mouvement de l'esprit, mais aussi au mouvement physique. Lorsque nous marchons, notre acte est déterminé par de nombreux éléments. Dans ce cas, « l'acte de marcher est en train d’être effectué en moi » serait la formulation appropriée qui devrait remplacer « je marche ». En fait, des réflexions similaires ont été menées par de nombreux philosophes. Au XVIIème siècle, Spinoza a nié l'idée que la volonté soit le moteur de l'action humaine. On peut bien sûr citer le nom de Sigmund Freud qui a proposé l'idée de l'inconscient. Parmi les philosophes du XXème siècle, Martin Heidegger et Gilles Deleuze ont souligné le caractère passif de la pensée. Les chercheurs en neurosciences découvrent aujourd'hui ce qui se passe réellement lorsque nous faisons une action. Il est évident que les catégories « actif » et « passif » ne suffisent pas à décrire nos actes. Malgré cela, nous continuons à utiliser ces catégories. Pourquoi en est-il ainsi ? Il convient de noter que ces catégories sont grammaticales. La dichotomie entre « actif » et « passif » correspond à celle entre la voix active et la voix passive. De plus, comme le dit clairement le linguiste français Émile Benveniste, ces catégories linguistiques dichotomisées ne sont pas universelles, même si elles semblent l'être. En effet, de nombreuses langues ne connaissent pas cette opposition et l'opposition que la langue indo-européenne avait à l'origine dans sa forme verbale n'était pas celle entre la voix active et la voix passive, mais entre la voix active et la voix moyenne. Ainsi apparaît la possibilité d’examiner une autre catégorie pour décrire nos actes : celle qui a disparu du premier plan de notre langue. Mais ce qui est difficile ici, c'est que, comme le souligne Benveniste, toute tentative de définition de la voix moyenne a échoué. Il faut en étudier minutieusement la raison. C'est pourquoi nous nous concentrons sur la définition qu'en donne Benveniste, qui consiste à dire que dans l'opposition entre la voix active et la voix moyenne, ce qui compte, c'est de savoir si le sujet est à l'extérieur ou à l'intérieur du processus de l'action indiquée par le verbe. Guidé par cette définition, cette intervention tentera de voir pourquoi la voix moyenne a perdu son rôle prépondérant et comment le sujet et l'action étaient conçus dans le monde de la voix moyenne.

Colloque 21-22 juin 2024

 Colloque :

Termes et notions de l’esthétique japonaise : une approche critique et philologique 

歴史学的かつ文献学的視点から見た日本の「美学」と「美的」な体験を表す言葉

Financé par l’IrAsia (UMR7306, Aix - Marseille) dans le cadre des axes « Processus et enjeux de la patrimonialisaDon en Asie » et « LiGératures d’Asie et traducDon », par l’IFRAE (UMR 8043, Paris) en prolongement des acDvités du Groupe d’étude de philosophie japonaise (IFRAE) et par le GIS-Asie (UAR2999). Organisateurs : Arthur MiGeau (IrAsia, associé IFRAE), Saitô Takako (IFRAE),

Vendredi 21 juin et samedi 22 juin 2024.
INALCO - Pôle des Langues et Civilisations, 65 rue des Grands Moulins 75013

Paris, amphi 5.
Retransmission en ligne sur inscription (arthur.mitteau@gmail.com)

Présentation

L’existence d’une « esthétique japonaise » projetée et plaquée sur la culture artistique et littéraire de ce pays, fait beaucoup rêver, écrire et publier. Plus rares sont les tentatives de rapporter de telles constructions à leur origine réelle dans l’histoire culturelle et linguistique du pays, y compris au risque de déconstruire certaines légendes bien installées. Le colloque partira d’un examen des conditions historiques et idéologiques dans lesquelles s’est constitué le discours esthétique dans le Japon du vingtième siècle, et évoquera les contraintes logiques pesant sur ce sujet, pour examiner ensuite, l’un après l’autre, certains des termes et notions qui sont devenus, au XXsiècle, les loci de cette supposée esthétique, panels où s’exprimeront des spécialistes d’histoire littéraire, culturelle, intellectuelle et religieuse. On pourra alors mesurer pleinement le processus de construction et de réinventions des traditions cachant la diversité réelle des manières d’aborder les créations culturelles dans le Japon ancien et moderne.

Programme

Vendredi 21 juin 2024
Vendredi matin: « Un "beau" japonais ? Problématiser et historiciser la question de l’esthétique au 
Japon »

-9h30 Arthur Mitteau (AMU) : « Contraintes pour parler d’une "esthétique japonaise" et repères historiques d’un tel projet »

-10h15 Michael Lucken (INALCO) : « Le grand Bi et les petits bi : entre théories et praxis du beau au 20siècle ».

-11h-11h20 Pause café

-11h20 Iwai Shigeki (Université d’Ôsaka, Japon) : « 「日本的」美的概念の総合的考察 ‒ 和歌を用いた分析- »(«Investigations préalables à l’hypothèse d’éventuels concepts esthétiques "japonais"», à partir d’une analyse des recueils de waka »), en japonais avec diapositives et résumé traduits.

-12h10-12h40 discussion générale 

-12h40-14h30 (pause repas)

Vendredi après-midi : « Termes esthé1ques en vogue dans le Japon de Muromachi et leur héritage : le yûgen et le wabi, essences du nô et du cha no yu ? »

- 14h30 Hanna Mc Gaughey (Bates College, États-Unis) : « YûgenBasara, and Hana : Zeami and the Social Dynamics of Aesthetics in the Muromachi Period », en anglais avec résumé traduit.

-15h30- 15h50 Pause café

-16h Arthur MiGeau (AMU) : « Le wabi dans l’histoire littéraire du Japon et dans le monde du cha no yu : histoire d’une construction rétrospective. »

-17h-17h45 table ronde : « les rencontres de thé codifiées (cha no yu) : notions esthétiques contre pratique réelle aujourd’hui ». Participants côté table: Sylvie Guichard-Anguis (CNRS), Iwai Shigeki (Université d’Osaka), Takagi Yumiko (CRCAO), Arthur MiGeau (AMU).


Samedi 22 juin 2024
Samedi matin : « 
Aware et mono no aware, une sensibilité transhistorique exprimée au travers des

choses ? »

-10h Daniel Struve (UPC) : « Le mono no aware dans la liGérature de Heian »

-10h45 François Macé (IFRAE) : « D’aware à mono no aware, du Kojiki à Motoori Norinaga, ou comment faire d’une exclamation un concept esthétique tout en récusant l’idée même de conceptualisation »

-11H30-11h50 Pause café

-11h50-12h40 Evelyne Lesigne-Audoly (Université de Strasbourg) : « Un usage contemporain du

mono no aware : la poétique/politique chez Shimauchi Keiji » 

-12h40-13h discussion générale

Pause déjeuner 13h-14h30

Samedi après-midi 

14h30-15h45 : conférence de Frédéric Girard (EFEO), à l’occasion de la sortie du livre Ikebana, l’art floral au Japon (Citadelles & Mazenod) : « Une approche du beau dans l’ikebana de style Rikka de Ikenobô ? »

15h45 – 16h mot de clôture

Conférences 25 mai 2024

 Amphi 5, 65 rue des Grands Moulins Paris 13e

Pour le lien Zoom, prière de contacter : takako.saito@inalco.fr à partir du 22 mai 2024


10h00 – 10h45 (l’heure au Japon 17h-17h45) Communication suivie de discussion d’une demie heure

Ameline GARNIER (M2 Inalco)
« 
Questionner le langage philosophique : réflexions autour de Mori Arimasa (1911-1976) »

11h20-12h05 (l’heure au Japon 18h20-19h05) suivie de discussion d’une demie heure

IKEGAMI Kôsuke (Doctorant, université de Tôkyô)
« Une réflexion sur la pensée politique de Nakae Chômin (1847-1901) : la fondation des Dialogues

politiques entre trois ivrognes »


Résumés


Ameline Garnier, « Questionner le langage philosophique : réflexions autour de Mori Arimasa »
Que peut le langage philosophique ? La question du langage est fondamentalement liée au geste philosophique. Plus que tout philosophe élaborant nécessairement à l’occasion de la formation de son propre système de pensée, un style et un langage qui lui soient propres, Mori Arimasa (1911-1976) aura proposer une prose philosophique unique dans le paysage de la philosophie japonaise de son époque. Délaissant l’écriture académique, il choisit le modèle de l’essai montaignien pour rendre compte de sa quête de l’expérience véritable. Ayant expérimenté avec douleur la difficulté à s’exprimer dans une langue étrangère et ainsi l’écart présent entre les mots et la réalité, Mori thématise l’angoisse qui nait de cette épreuve et lui attribue une fonction existentielle, faisant d’elle la condition de l’avènement de l’individualité. De ce fait, c’est par la crise du langage qu’il nous est permis de penser pour la première fois notre individualité au monde. A cette angoisse, succède alors la révélation dans la possibilité d’un retour à la véritable expérience de la réalité. Une fois cette expérience advenue, toute la difficulté est de proposer un langage adéquat qui parviendrait à restituer cette aventure spirituelle, sans tomber dans le piège de ce que Mori présente comme un langage superficiel fondé sur un vécu faussement collective, partagé par tous mais expérimenté par personne. L’écriture de Mori constitue de ce fait une proposition dans la recherche de ce langage idéal et se distingue par son caractère performatif. Dans la mise en scène de son intimité, Mori réalise et présente le cheminement vers cette expérience qui, sous la forme d’un pathos, constitue une connaissance de l’état des choses et se saisit par la sensation dans son aspect le plus pur. Se présente dès lors une tension fondamentale dans ce lien entre expérience et langage : si l’expérience véritable transcende le langage institutionnalisé et la logique, comment la saisir autrement que dans l’immédiatement de la perception sensible et peut-on seulement la restituer postérieurement à l’instant de la révélation ? N’est ce pas là annoncer l’échec ou du moins la limitation des prétentions du langage ?
A la lecture des considérations de Mori Arimasa sur un langage qui semble toujours osciller
entre le risque de la superficialité et l’impasse du silence, nous proposons de réfléchir sur la forme et les ambitions du langage philosophique.


IKEGAMI Kôsuke

« Une réflexion sur la pensée politique de Nakae Chômin: La fondation des Dialogues politiques entre trois ivrognes »

Nakae Chômin (1847-1901) est un penseur de l’époque Meiji et est connu comme le « Rousseau de l’Orient ». Ce surnom provient du fait qu’il a en réalité traduit Du contrat social de Jean-Jacques Rousseau en japonais et puis en chinois classique. Il était le personnage de son époque qui comprenait le plus profondément la pensée de Rousseau. Néanmoins on ne peut résumer la philosophie de Chômin simplement comme Rousseauiste car son appréciation de Mencius, son approche du Taoïsme ou encore sa manière de penser néo-confucéenne illustrent bien le rôle majeur qu'ont eu les classiques chinois dans sa formation intellectuelle. Si au Japon, il y a déjà de nombreuses recherches à son sujet, telles que les ouvrages de Ida Shinya 井田進也, Matsunaga Shôzô 松永昌三 et Miyamura Haruo 宮村治雄, il y a toutefois peu de recherches le concernant en langue française, hormis les travaux d'Eddy Dufourmont. De même, l’ouvrage principal de Chômin, les Dialogues politiques entre trois ivrognesSansuijin keirin mondô 三酔人経綸問 答, n’a pas encore été suffisamment analysé, bien qu’il ait été récemment traduit en français.

En tenant en compte ce statu quo, nous aurons pour but, dans cette présentation, de discuter de sa pensée en soulignant la relation entre ses Dialogues et la pensée française. Puis, nous mettrons cet ouvrage en relation avec d'autres écrits de l'auteur, notamment le Du contrat social, en japonais Minyaku yakkai 民約訳解, dont il a fait la traduction, le Kakumeimae furansu niseikiji 革命前法朗西二世紀事, livre sur l’histoire française avant la révolution qu'il a édité en 1886, ou encore le Rigaku kôgen 理学鉤玄, un traité de philosophie qu'il a publié la même année. En prêtant attention à cette pensée si fertile, nous analyserons ensuite le rapport entre les Dialogues et ces ouvrages. Puis, pour finir, nous clarifierons dans quelle mesure les Dialogues reflètent ses connaissances et sa compréhension de la pensée occidentale et chinoise.

Conférences Samedi 28 octobre 2023

Amphi 5, Inalco 65 rue des Grands Moulins 75214 Paris

Pour le lien Zoom, prière de contacter : takako.saito@inalco.fr à partir du 25 octobre 2023 contact courriel : takako.saito@inalco.frakinobukuroda@gmail.com, arthur.mitteau@univ-amu.fr, simon.ebersolt@gmail.com, yukiko.kuwayama@inalco.fr

10h00 – 10h45 (heure au Japon 17h-17h45) suivi d’une demie heure de discussion

Grégoire JOUCLAS (Inalco)
« 
Sur le fond romantique dans l’œuvre de Watsuji Tetsurô »

11h15-11h25 pause

11h25 – 12h10 suivi d’une demie heure de discussion
Arthur MITTEAU (Aix Marseille université, Institut de recherches asiatiques, Ifrae )

« Les philosophes japonais de l’ère Meiji et Hegel : Fenollosa et Okakura ont-ils lu (et compris) Hegel ? »

12h40 : fin de séance

Résumés

1. Watsuji Tetsurô 和辻哲郎 (1889-1960), célèbre philosophe japonais du XXe siècle, est connu pour avoir théorisé l’idée d’interrelation (aidagara 間柄), selon laquelle l’essence de l’humain serait à chercher non

pas dans les idées d’individu ou de société, mais plutôt dans les relations dynamiques qui unissent ces deux concepts.
En France et en Europe, l’essentiel de la recherche s’est concentrée sur l’interprétation de ses deux principales œuvres philosophiques : 
Le milieu humain (Fûdo 風土) et Éthique (Rinrigaku 倫理学). Bien que ce travail nous ait permis de découvrir avec intérêt la pensée de Watsuji, nous avons remarqué que plusieurs aspects restent encore mal compris ou peu traités, en partie parce que la méthode d’analyse gagnerait, selon nous, à employer les outils de l’histoire intellectuelle. En appréhendant sa pensée à différentes époques à l’aide d’une analyse comparée de ses manuscrits, nous avions pu souligner, par exemple, comment le matérialisme historique et la dialectique hégélienne, au-delà du Dasein de Heidegger, ont été au cœur de la construction de son système éthique.

Dans cet exposé, nous souhaitons adopter un point de vue plus large et remettre en valeur l’idée d’un « fond romantique » dans la pensée de Watsuji, qui prend sa source à la fois dans la littérature anglaise (Byron, Blake...) et l’idéalisme allemand (Schelling, Hegel...). La Naturphilosophie en particulier, avec son ambition de retrouver « l’être total de la nature », put participer à définir les lignes directrices de son éthique. Ce fond romantique se dévoile, pensons-nous, à travers un idéal esthétique irriguant toute son œuvre, des premières années nietzschéennes jusqu’à son dernier ouvrage sur l’architecture du palais de Katsura.

Notre exposé consistera non pas à « prouver » le rattachement de Watsuji au romantisme, mais à dégager un premier axe de réflexion à ce sujet, pour mieux comprendre les enjeux d’une pensée éthique qui, comme nous le savons, tend à essentialiser les communautés nationales. Nous commencerons par définir le romantisme dans un cadre général, puis japonais. Nous retracerons ensuite le parcours intellectuel de Watsuji à travers le prisme des mouvements intellectuels et artistiques rattachés à une forme de romantisme japonisé, dont la revue Shirakaba 白樺 (« le bouleau blanc ») fournira un bel exemple.

2. Le courant de pensée constitué par Okakura Tenshin et son ancien professeur Ernest Fenollosa est souvent présenté comme inspiré par la philosophie hégélienne, notamment à cause de leur usage du vocabulaire de l’idée et de l’idéal (myôsô et risô en japonais ; « Idea » ou « Ideal » en anglais), ou encore de leur convocation du modèle des formes de l’art. Pourtant, il apparaît à la lecture de leurs textes, et leur comparaison avec ceux du philosophe allemand, une certaine distance qui peut conduire à remettre en question, au moins partiellement, cette filiation, tant les références à la philosophie hégélienne semblent limitées et superficielles.

Ceci pose une question de méthode quand on étudie l’histoire des idées en particulier trans- culturelle : comment procéder pour établir un réel rapport intellectuel entre deux penseurs ? A quels indices s’attacher pour confirmer ou au contraire remettre en cause les effets déclaratoires ou réputations toutes faites ? L’étude du cadre matériels supports de la filiation (traductions, manuels, enseignements suivis), ne donnant que des indices extérieurs, ne saurait suffire : il faut aussi parfois risquer la lecture interne, quitte à proposer une interprétation.

Conférence Samedi 23 septembre 2023

salle 5.01, Inalco, 65 rue des Grands Moulins Paris 13e

Pour le lien Zoom, prière de contacter : takako.saito@inalco.fr à partir du 20 septembre 2023

10h00 – 11h 00 Conférence suivie de discussion d’une heure

John MARALDO (professeur émérite de l’université de North Florida)
« 
The “Anthropocene” through the Lens of Nishida Kitarō’s Philosophy »

12h : fin de séance

Résumé

Could it be that the ecological crisis named by the “Anthropocene” is only inflamed by our tendency to divide a human world from the world of nature? “Anthropocene” refers (unofficially) to the current geological era in which human activity has been the dominant influence on climate and the environment. The endangerment of earthly life it portends also points to an entanglement of ideas and actions with what we often refer to as “nature.” The philosophy of Nishida Kitarō, the most significant Japanese philosopher of the 20th-century, helps us both to unravel and to re-conjoin the implicated entanglements: to untangle the puzzling implications of a human-caused geological epoch, and to reconnect humans conceptually with the world. Nishida’s alternative conception of a world awakening through humans (and other sentient beings) offers a novel way to connect metaphysics to “real-world” problems. Nishida helps us understand the era we are co-creating, and the “Anthropocene” shows us the relevance of his philosophy

Conférence Samedi 24 juin 2023

14h30 - 15h30 suivi de discussion

Amphi 2, Inalco, 65 rue des Grands Moulins Paris 13e

Si vous n’y assistez pas en présence au site PLC Inalco, demandez le lien zoom à takako.saito@inalco.fr à partir du 21 juin 2023
Contact courriel : takako.saito@inalco.frakinobukuroda@gmail.com, arthur.mitteau@univ-amu.fr, simon.ebersolt@gmail.com, yukiko.kuwayama@inalco.fr

Akinobu KURODA (Université de Strasbourg/GEO UR1340, IFRAE )

« Correspondance et résonance : le premier moment de la rencontre entre NISHIDA Kitarô (1870-1945) et TAKIZAWA Katsumi (1909-1984) »

16h 30 : la fin de séance

Résumé

Takizawa Katsumi, âgé de 24 ans et assistant non rémunéré à l’Université de Kyûshû, a publié un article intitulé « Concepts généraux et individuels » dans la revue mensuelle Shisô (La pensée, la maison d’éditions Iwanami) au mois d’août 1933. Cet article traitait des questions relatives à la genèse et aux limites de toute connaissance fondée sur le jugement dans la philosophie de Nishida. Après avoir lu cet article sous peu après sa publication, Nishida a aussitôt envoyé une lettre à ce jeune philosophe inconnu, dans laquelle Nishida écrit : « J’ai ressenti une grande joie parce que personne n’avait jamais aussi bien saisi mes idées ». Cette lettre marque le début de leur échange intellectuel qui se sera poursuivi pendant plus de 11 ans, jusqu’aux dernières années de Nishida. Dans cette communication, à travers une lecture attentive dudit article de Takizawa, je me propose de montrer sur quels points Takizawa a saisi avec justesse les questions fondamentales de la philosophie de Nishida et de mettre en lumière un moment du développement de la philosophie de Nishida dans les années 1930.

Vidéoconférence Samedi 6 mai 2023

Pour le lien Zoom, prière de contacter : takako.saito@inalco.fr à partir du 2 mai 2023

contact courriel : takako.saito@inalco.frakinobukuroda@gmail.com, arthur.mitteau@univ-amu.fr,simon.ebersolt@gmail.com, yukiko.kuwayama@inalco.fr


9h30 – 10h15 suivi de discussion

Ameline GARNIER (Inalco, Université de Kyôto)
« De 
keiken 経験 à taiken 体験 : le rôle de l’expérience corporelle dans la philosophie de Nishida »


10h45 – 11h 30 suivi de discussion

Frédéric LESIGNE (université de Strasbourg, chercheur rattaché GEO-URI 1340)

« Sujet et objet dans la pensée de Yanagita Kunio » 12h : la fin de séance


Résumés

1. A. Garnier, «De keiken à taiken : le rôle de l’expérience corporelle dans la philosophie de Nishida »
Revenir à l’expérience quotidienne, voici comment Nishida présente en 1937, dans son article « Rekishiteki

shintai », la quête qui l’aurait conduit à la rédaction de Zen no kenkyu (1911). Rattaché originellement à l’expérience pure de James, traduite en japonais par junsui keiken, 純粋経験, le concept dexpérience conserve, au fil de la recherche nishidienne, la primauté de son lien avec le monde de la réalité, défini dans les années 1930 comme le monde historique. Le monde de la réalité est celui que nous expérimentons ; comprendre la réalité du monde, c’est expérimenter le monde. Dès lors, partant de cette équivalence conceptuelle entre réalité et expérience, la question de la nature de cette expérience en vient à être posée. Qu’est ce que l’expérience du monde ?

Quand bien même ce concept est central dans la philosophie de Nishida, il nous faut pour autant constater que le philosophe n’opère aucune distinction conceptuelle entre taiken 体験 et keiken 経験, deux termes possiblement traduisibles par « expérience ». Cette homonymie trompeuse de la traduction française est pourtant étrangère pour le locuteur japonais qui ne peut, dans le langage courant, les employer comme de parfaits synonymes. Comment comprendre alors l’imprécision de Nishida qui semble substituer l’un à l’autre sans aucune raison immédiatement apparente ?

Le travail de ma recherche cette année, dont je présenterai les premiers aboutissements, est de vérifier l’hypothèse suivante : cette superposition des termes taiken et keiken pourrait révéler que l’éveil à soi nishidien, lequel tente de saisir l’expérience quotidienne, accorde une place fondamentale au corps, non pas simplement comme objet ou
outil de la quête philosophique mais également comme sujet. Comprendre les enjeux de la détermination de taiken par Nishida implique donc d’abord de comprendre la conceptualisation qui est faite du corps. Nous essaierons donc d’explorer ses différentes acceptions et de saisir la place et le rôle que Nishida lui confère au sein de son système philosophique.

2. F. Lesigne , « Sujet et objet dans la pensée de Yanagita Kunio »
Si Yanagita est indiscutablement un intellectuel de premier plan qui a marqué l'histoire de la pensée japonaise

moderne au point d'être souvent cité comme une des références de penseurs japonais modernes et contemporains, son œuvre ne relève à l'évidence pas de la philosophie, ni même de tout autre champ réflexif à visée purement théorique. En effet, le folkloriste Yanagita – après avoir été tour à tour poète, agronome, journaliste, représentant à la SDN, etc. – s'est exprimé avant tout en tant que scientifique. Son travail d'ethnologue-folkloriste ayant été principalement consacré à la récolte, la compréhension et la préservation des traditions populaires japonaises, le lecteur se retrouve le plus souvent face à des listes de noms et de faits sociologiques parfois fastidieuses, ordonnées par des théories sur la culture japonaise que Yanagita s'est efforcé, avec plus ou moins de bonheur, de construire au fil de son travail. Rares donc sont les développements théoriques au sein de la trentaine de volumes que constituent ses œuvres complètes.

Cependant, si ces ouvrages ont marqué des générations de chercheurs en ethnologie japonaise, c'est bien autant en raison de la masse phénoménale d'informations qu'elles contiennent, qu’en raison de la façon dont ces informations sont ordonnées. Il faut sur ce plan différencier deux niveaux. Le premier est celui des analyses théoriques yanagitiennes sur la culture japonaise, sujet largement débattu au sein des ethnologues japonais. Le second niveau, qui nous semble encore nécessiter un travail épistémologique, est celui du paradigme scientifique de Yanagita au sens d'une « méthodologie » générale innovante, ou d'une « philosophie » comme certains commentateurs l'ont qualifié (Torigoe Hiroyuki).

page1image2308340144 page1image2308340560 page1image2308340768 page1image2308340976 page1image2308341184

Ce paradigme général a maintes fois été abordé par Yanagita. Il s'agissait pour lui, certes de comprendre et d’extraire le sens des pratiques sociales héritées du passé – travail commun à tous les ethnologues –, mais non pas
pour s’engager ensuite dans une démarche comparatiste comme la plupart des ethnologues de son temps s'y essayaient. Il jugeait en effet cette démarche trop prématurée tant que l’ethnographie des pratiques sociales japonaises restait incomplète. Ce qu’il pensait en revanche pouvoir être entamé dès sa génération était de faire prendre conscience à un maximum de ses contemporains que les pratiques sociales jugées alors « arriérées » et dépréciées pouvaient servir à un développement endogène en adéquation avec la société japonaise, pour peu que le sens de ces pratiques soit suffisamment éclairci et mis en perspective.

On comprend alors pourquoi tant de lecteurs (japonais) ont pu être frappés par – et souvent adhéré à – sa pratique intellectuelle consistant, de façon explicitement théorisée, à privilégier une démarche inductive mettant systématiquement en avant les faits les plus anodins, en opposition à la pratique déductive de ses collègues et adversaires ethnologues contemporains. Ce choix-là relève bien d'une forme de « philosophie » de l’action intellectuelle, tout entière tournée vers la réalisation d’un projet : le développement endogène de toute société qui emprunterait les méthodes des sciences sociales pour réévaluer et faire évoluer en conscience – Yanagita utilise le terme de jiko-shōsatsu – des pratiques sociales s’inscrivant dans des référents culturels propres, au sein d'un contexte global de modernisation à l’« occidentale » irréversible (Tsurumi Kazuko).

Notre parti-pris épistémologique consiste à aborder ces questions en réfléchissant au rapport nouveau qu’établit Yanagita entre « objet » et « sujet ». En effet, la méthode d’objectivation du vécu subjectif qu’il entend faire pratiquer massivement aux Japonais s’appuie certes sur des travaux scientifiques, mais surtout sur une forme de « philosophie » générale résumée plus haut. La tension « objet » / « sujet » au cœur de l’ethnologie yanagitienne allait être féconde mais provoqua des impasses méthodologiques sur lesquelles plusieurs générations de chercheurs japonais ont buté. Nous espérons que notre travail pourra en éclairer les ressorts, et proposer quelques voies possibles d’amélioration méthodologique.

mercredi 1 mars 2023

Journée Tanabe Jeudi 9 mars 2023

La dynamique actuelle des recherches sur la philosophie de Tanabe

 

Colloque international

 

Date : Jeudi 9 mars 2023

Lieu : Maison de la recherche de l’Inalco, 2 rue de Lille, 75007 Paris, 

Auditorium Dumézil

 

9h30 : Accueil
 
9h45-11h00 : Morten Jelby (Archives Husserl), « Expérience pure et durée pure chez le premier Tanabe » (intervention à distance)
 
11h00-12h15 : Sugimura Yasuhiko (Univ. de Kyôto), « Le poids inassumable de l’être et son au-delà. Tanabe avec Lévinas » (intervention à distance)
 
14h00-15h15 : Quentin Blaevoet (Univ. de Strasbourg), 
« La dialectique peut-elle jamais être concrète ? Un commentaire sur l'élaboration de la dialectique absolue de Tanabe Hajime »
 
15h15-16h30 : Kuroda Akinobu (Univ. de Strasbourg), « Une critique de la philosophie de Tanabe au milieu des années 1930. Takizawa Katsumi (1909-1984) »

 

16h45-18h00 : Urai Satoshi (Univ. de Hokkaidô, Sapporo),「「種の論理」から「愛の論理」へ」 : « De la “logique de l’espèce” à la “logique de l’Amour” » (en japonais, avec distribution du texte de l’intervention en français)

 

Résumés

 

Morten Jelby (Archives Husserl), « Expérience pure et durée pure chez le premier Tanabe »

Au long de la deuxième décennie du XXe siècle, Tanabe Hajime tente de formuler une théorie de la connaissance capable de s’affranchir de ce qu’il voit comme un formalisme chez les néokantiens, tout en restant néanmoins fidèle au criticisme. Ayant repris sans interrogation un concept d’expérience par trop empiriste, les néokantiens restent négativement tributaires, dans leur rejet même d’une expérience pure, de l’empirisme qu’ils tentent pourtant d’évincer de la pensée kantienne. En un mot, les difficultés proviennent d’un mélange de pensée et d’expérience, ou du fait que l’expérience a été conçue comme médiée par la pensée. Loin de là, la nouvelle théorie de la connaissance poursuivie par Tanabe doit prendre son point de départ dans l’expérience pure ou immédiate – deux termes seulement provisoires. Or, comment l’expérience pure et immédiate doit-elle se comprendre ? Comment s’intègre-t-elle dans le cadre criticiste ? Et comment pouvons-nous y avoir accès ? Voici les questions que nous tenterons d’élucider dans cette intervention. Dans un premier temps, nous nous arrêterons sur les sources de la compréhension tanabéenne de l’expérience pure/immédiate, et sur la manière dont Tanabe mobilise la durée pure pour donner concrétude à la position néokantienne. Ensuite, nous discuterons la difficulté du retour à cette expérience « immédiate », et la méthodologie proposée par Tanabe. Finalement, nous verrons comment cette méthodologie donne lieu, à la fin des années 1910, à ce que Tanabe appelle une métaphysique, discipline dont nous essayerons de préciser le sens tel qu’il apparaît chez notre auteur.
 
Sugimura Yasuhiko (Univ. de Kyôto), « Le poids inassumable de l’être et son au-delà. Tanabe avec Lévinas » 
La réduction insolite de toutes les choses, y compris le sens de l’être heideggérien, au fait brut qu’ « il y a » détermine tout l’itinéraire d’Emmanuel Lévinas qui finit par trouver sa voie qualifiée d’autrement qu’être. Dans cette démarche, seul s’impose le « poids de l’être » que nous ne faisons qu’éprouver corporellement sans pouvoir l’assumer. La philosophie du « néant absolu » caractéristique de l’École de Kyoto paraît, à première vue, diamétralement opposée à cette descente vers le fond absolument hylétique de la réalité. Cependant, l’examen plus attentif peut montrer que l’approche auto-éveillante du néant absolu partage à bien des égards la même orientation. Tel est particulièrement le cas de Tanabe, car le « fond obscur » de l’être historial et la lourdeur de notre corporéité qui en témoigne constituent la négativité singulière qui se trouve au centre de sa dialectique du néant absolu. Dans cette perspective, notre communication propose de présenter les éléments essentiels de la « logique de l’espèce » que le philosophe japonais développe dans les années 1930 et 1940.

 

Quentin Blaevoet (Univ. de Strasbourg), « La dialectique peut-elle jamais être “concrète” ? Un commentaire sur l'élaboration de la dialectique absolue de Tanabe Hajime » 

En 1930, Tanabe Hajime (1885-1962) lançait sa première critique frontale à l’égard de la pensée de celui qui avait un temps pu être son « maître », Nishida Kitarō (1870-1945) et, une année plus tard, il s’en prenait à la phénoménologie de Martin Heidegger, qu’il avait lui même introduite au Japon en 1924. Il leur reprochait à l’une comme à l’autre leur abstraction et leur opposait le projet d’une « dialectique concrète » (ou « de la concrétude ») censée pouvoir rendre compte de, et à travers laquelle devait pouvoir se saisir et se dire la dynamique de la donation de la réalité telle quelle, ce vers quoi tous s’étaient jusqu’alors mis en chemin, avant, pour ainsi dire, de s’égarer. On peut se demander, cela dit, si cette critique est juste et si dialectique peut jamais être véritablement « concrète ». Toute dialectique ne repose-t-elle pas d’abord sur un moment spéculatif qui, de facto, l’éloigne de la pure donation de la « réalité telle quelle » ? Au cours de cette présentation, nous proposerons deux réponses, c’est-à-dire la réponse apportée par Tanabe dans les études qui constituent le cycle de la « dialectique absolue », dont nous soulignerons les spécificités en la comparant à la dialectique nishidienne qui se développe au même moment et à la dialectique hégélienne qu’elle entend radicaliser, et une critique fondée sur la lecture de L’Être et le Néant, ouvrage dans lequel Sartre a affronté une question similaire.

 

Kuroda Akinobu (Univ. de Strasbourg), « Une critique de la philosophie de Tanabe au milieu des années 1930. Takizawa Katsumi (1909-1984) » 
Au milieu des années 1930, un jeune philosophe inconnu a vivement critiqué la « logique de l’espèce » et la « dialectique de la médiation absolue » de Tanabe. Ce fut Katsumi Takizawa (1909-1984). En 1933, le jeune philosophe japonais, assistant non rémunéré à l’université de Kyûshû, a rédigé un article intitulé « Concepts généraux et objets individuels », loué par Nishida Kitarô pour une compréhension claire de sa philosophie. La même année, Takizawa est parti étudier en Allemagne, principalement auprès de Karl Barth. En 1936, l’année qui suit son retour d’Allemagne, Takizawa publie Les problèmes fondamentaux de la philosophie de Nishida. Dans cet ouvrage, Takizawa critique la position philosophique de Tanabe d’une manière que l’on pourrait qualifier de radicale, sur la base de sa propre compréhension critique de la philosophie de Nishida et de la théologie de Barth. Cet exposé présentera les principaux points de la critique de Takizawa à l’égard de Tanabe et proposera quelques réflexions critiques sur ces derniers.
  
Urai Satoshi (Univ. de Hokkaidô, Sapporo),
「「種の論理」から「愛の論理」へ」 : « De la “logique de l’espèce” à la “logique de l’Amour” » 
Ces dernières années, l’ontologie sociale est devenue l’objet d’une attention particulière non seulement pour les études philosophiques, mais aussi pour les études en sciences sociales. Tanabe Hajime développa lui aussi sa philosophie dans la perspective d’une « ontologie sociale » à travers la « logique de l’espèce » et la « logique de l'Amour ». Sa première ontologie sociale, la « logique de l’espèce », qu’il développa de 1934 à 1941, vise la rationalisation de la société japonaise en temps de guerre, la « logique de l'Amour » vise, elle, le salut de la société japonaise après la Seconde Guerre mondiale mais a été développée dans le cadre d’une philosophie de la religion après l'échec de cette première « logique ». Le but de ma présentation est de rattacher la philosophie de Tanabe aux discussions en ontologie sociale contemporaine à travers la mise au jour du cadre de l’ontologie sociale tanabéenne, qui se développe de la logique de l’espèce vers la logique de l’Amour. Les efforts déployés dans cet article pour mettre au jour le développement de la logique de l’espèce vers la logique de l’Amour et présenter l’histoire de l’ontologie sociale dans le cadre de la « métanoétique » qui fut négligée par les études conduites jusqu’à présent constitueront, par ailleurs, une contribution notable aux études tanabéennes en général.

Vidéoconférence Samedi 26 novembre 2022

9h–10h suivie d'une discussion d’une heure

NAGAI Shin (Université Tôyô, Tôkyô)

« Paradoxe et circularité : l’« image-archétype » et le « Moi théophanique » dans la philosophie orientale de Toshihiko IZUTSU »

11h : la fin de séance

Pour le lien Zoom, prière de contacter : takako.saito@inalco.fr à partir du 22 novembre 2022 contact courriel : takako.saito@inalco.frakinobukuroda@gmail.com, arthur.mitteau@univ-amu.fr, simon.ebersolt@gmail.com, yukiko.kuwayama@inalco.fr

Résumé

À la suite de mon exposé de l'année dernière, dans lequel j’ai présenté un panorama de la « philosophie orientale » de Toshihiko Izutsu, je me focaliserai dans ce qui suit sur un concept précis : « l’image-archétype (元型イマージュ», un concept qu’Izutsu utilise à plusieurs endroits de son œuvre et explique thématiquement dans le chapitre VIII de Conscience et Essence (『意識と本質』, un de ses ouvrages majeurs). En outre, sur la base des résultats de cette analyse, j’essaierai d’approfondir et d’élargir la phénoménologie en un sens métaphysique.

Dans Conscience et Essence, Izutsu s’adonne à des variations sur la corrélation entre la conscience et l’essence au sein des diverses traditions de la philosophie orientale. Il aborde l’« image-archétype » telle une modalité particulière de l’essence, laquelle symbolise la Réalité et possède un caractère spécial de fluidité qui contraste avec une essence par nature fixe.

Il utilise ainsi ce concept, originairement conçu par Carl Gustav Jung comme une structure de la couche profonde de la psyché, en le transformant en un concept ontologique. Mais qui plus est, Izutsu l’utilise également en tant que concept métaphysique, c’est-à-dire en tant que forme de « l’auto-apparition de la Réalité en tant que telle(実在そのものの自己顕現». Dans ce contexte, le terme « archétype » désignerait le statut métaphysique de l’image.

Or, le problème que pose cette image métaphysique comme auto-manifestation de la Réalité en tant que telle est sa structure paradoxale : la Réalité se manifeste certes, mais en cela, elle demeure à la fois elle- même. Ce phénomène paradoxal de la Réalité qui, en tant que telle, auto-apparaît et se dissimule à elle- même en tant qu’apparaissant, devient possible lorsque le Moi (la conscience) qui fait apparaître la Réalité est engagé dans l’immanence de celle-ci et ainsi transformé en un intermédiaire à travers lequel la Réalité auto-apparaît à partir d’elle-même. Dans son ouvrage L’image originale de la philosophie islamique (『イスラーム哲学の原像』), Izutsu analyse cette transformation du Moi (la conscience) en ce qu’il appelle le « Moi théophanique ».

Je retirerai de ces analyses de l’imagination originaire ou de mise en image originaire (Urbildung原像) de la Réalité, que la circularité immanente de la Réalité et du Moi constitue une structure essentielle. J’entends ainsi éclairer par cette structure le paradoxe constituant l’image-archétype, et cela en me référant aux analyses phénoménologiques effectuées entre autres par Michel Henry et Henry Corbin.

Vidéoconférence Samedi 25 juin 2022

 9h-11h (16h-18h heure du Japon)

 

M. Fumihiko SUEKI 末木文美士

(professeur émérite à l’Université de Tôkyô et au Centre international de recherche sur les études japonaises Nichibunken)

  

« Peut-on rendre compte langagièrement de la vérité ? 

 Introduction à la philosophie du Zen et de l’ésotérisme du moyen âge » 

真理は語り得るか。中世禅密序説

 

La communication sera en japonais suivie de présentation résumé en français

par M. Frédéric GIRARD (professeur émérite à l’EFEO)

 

Pour le lien Zoom, prière de contacter : takako.saito@inalco.fr  à partir du 22 juin 2022

contact courriel : takako.saito@inalco.frakinobukuroda@gmail.com, arthur.mitteau@univ-amu.fr,simon.ebersolt@gmail.com

 

Résumé 

  La collection d’ouvrages sur le Zen médiéval, en 12 volumes (y compris une annexe) intitulée « Chûsei zenseki sôkan », a été publiée entre 2013 et 2019, par la maison d’édition Rinsen de Kyōto. Elle recueille des reproductions photographiques ainsi que des réimpressions de manuscrits concernant la littérature médiévale du Zen, dûment présentées et introduites.

  Elle rassemble notamment les manuscrits de l’archivium Ôsu de Hôshôin du temple Shinpukuji de l’école de la Vraie Parole (branche Chizan ) de Nagoya ainsi que des manuscrits conservés à l’archivium de la bibliothèque Kanazawa bunko du temple Kintakusan Shômyôji de l’école disciplinaire  de la Vraie Parole.  

  Il est à remarquer que l’on a découvert, dans le temple Shinpukuji, des textes inconnus jusqu’à nos jours de la main de Eisai (1141-1215) et de En.ni (1202-1280).  Ils nous ont apporté une nouvelle vision qui met à mal les idées les plus répandues que l’on a sur le Zen médiéval, parce qu’ils sont profondément associés avec l’enseignement de l’école de la Vraie Parole. Les textes de Eisai sont ceux qui ont été consignés avant son deuxième voyage en Chine sous les Song et qui traitent exclusivement de l’enseignement de l’école de la Vraie Parole.  Concernant les textes de En.ni (qui fonda le temple Tôfuku) et de son disciple Chikotsu Daie (1229-1312), de l’école Zen Rinzai ésotérisée, la collection comprend de nombreux texte de ce dernier, parce que le bouddhisme ésotérique du courant de Chikotsu Daie fut étudié dans le temple Shinpuku. En outre, des textes jusqu’alors inconnus de En.ni ont été également découverts.  Comme ils traitent du Zen dans un contexte ésotérique, il apparaît de façon patente que leur conception du Zen était étroitement liée avec l’ésotérisme.

        En présentant ces textes nouvellement découverts, ma communication se propose d’étudier la possibilité ou non d’exprimer verbalement la vérité, ce qui était en question chez eux. Le Zen insiste sur le fait que « l’éveil n’est pas transmissible au moyen du langage (Furyû moji) » en soulignant le fait qu’il est impossible de rendre compte de la vérité ultime de façon notionnelle et que l’on peut seulement la réaliser par le vécu.  En revanche, l’ésotérisme insiste sur la prédication de la vérité ultime (qu’est la Loi) grâce au corps de la Loi (Hosshin). Cette question était, par conséquent, fondamentale aux 12e et 13e siècles aussi bien pour le Zen que pour l’ésotérisme et c’est pourquoi elle fut étudiée ardemment. 

 

  Nous examinerons les points suivants : 

1. Nous examinerons le sens de la « prédication de la Loi par le corps de la Loi (Hosshin seppô)» chez Kûkai (774-835), car ce concept était la base de discussions au 13e siècle.

2. Avant son deuxième voyage en Chine, Eisai affirma, dans le débat qu’il a entretenu avec le moine Songa dans la région du nord de Kyûshû, que seule était valide la « prédication de la Loi en corps de nature propre (Jishôshin seppô)», alors que Songa a mis en avant la seule « prédication de la Loi en corps d’auto-fruition (Jijuyôshin seppô)».  Quel sens et quel rapport avec le Zen de Eisai ce débat peut-il avoir ? 

3. En.ni pose la question de la possibilité (ou l’impossibilité) d’exprimer à l’aide du langage la vérité ultime dans l’ésotérisme.  

4. La position de Dôgen (1200-1253) diffère de ces deux positions.  Selon lui, la vérité est dicible (Dôtei/Dôtoku). Comment peut-on comprendre le fait ?  

 

Nous examinerons cette problématique à travers des discussions des 12e et 13e siècles où le Zen et l’ésotérisme n’étaient pas considérés indépendamment l’un de l’autre.   

 

Cf. 末木文美士,「中世禅の形成と知の交錯」(末木文美士監修/榎本渉・亀山隆彦・米田真理子編『中世禅の知』臨川書店, 2021,(拙著『禅の中世』、臨川書店、2022予定に改稿収録)

jeudi 19 mai 2022

Vidéoconférences Samedi 28 mai 2022

 14h - 14h45 suivie de discussion d’une demie heure  

     Frédéric GIRARD (EFFEO)

   « Expérience pure de NISHIDA et expérience directe de MOTORA : 

     la structure double de la psychè héritée de la Talité du Traité sur l’acte de foi dans le Grand Véhicule. » 

 

    15h20 - 16h05 suivie de discussion d’une demie heure 

     Raphaël PIERRES (Université Paris I Panthéon-Sorbonne )

    « Décentrer la première personne : WATSUJI Tetsurô, ÔMORI Shôzô et SAKABE Megumi ».

 

    16H40 : fin de séance 

 

Pour le lien Zoom, prière de contacter : takako.saito@inalco.fr  à partir du 24 mai 22

contact courriel : takako.saito@inalco.frakinobukuroda@gmail.comarthur.mitteau@univ-amu.frsimon.ebersolt@gmail.com

 

Résumé (Frédéric GIRARD)

             L’Etude sur le bien (1911) de Nishida Kitarō (1870-1945) met en avant le concept d’expérience pure ou immédiate (junsui keikenchokusetu keiken 純粋経験直接経験). C’est autour de cette notion qu’il a eu, jeune lycéen, le sentiment de l’avoir perçue comme en rêve en se promenant dans les rues de Kanazawa, qu’il a bâti sa philosophie. Les choses sont unifiées par un seul principe, une seule activité. Nishida ne peut s’empêcher d’affirmer qu’ils sont l’esprit, conçu comme universel et non pas individuel, la conscience de soi unifiée, la volonté, l’action, le Tathandlung de Fichte (1762-1814), et l’intuition intellectuelle. Et, pour lui, la plus grande unité qui unifie le réel est Dieu, la réalité unique qui est présente au cœur de tous les êtres naturels.

            C’est à partir de son expérience de la méditation que Nishida a forgé sa conception de l’expérience pure : « L'expérience pure désigne l'expérience avant que n'apparaissent des oppositions du genre, choses et pensée, ego et autrui, autrement dit elle désigne les données immédiates dans lesquelles il n'y a ni personne connaissante ni chose objet de la connaissance. Ces distinctions entre choses et pensée, ego et autrui, sont considérées comme naissant de rapports au sein de cette expérience. Il va de soi que, ainsi envisagée, l'expérience pure, par définition, précède tout ce qui peut être constitué par les formes du temps, de l'espace et de la causalité; c'est une expérience qui précède la pensée. Qu'est-elle donc? Selon les auteurs, on a plusieurs réponses. Mach y voit une chose sensitive, mais pour Bergson elle est, peut-on dire, un flux infini qu'on ne peut diviser, elle est la durée pure, ce qui est sensitif étant au contraire le produit de la pensée réflexive. »[1] On peut noter que Nishida ne mentionne pas le nom de William James dans cet article de dictionnaire !

            Olivier Lacombe a écrit à propos de l’expérience pure dans le bouddhisme indien de l’école du Milieu, concept qu’il utilise sans avoir connu, semble-t-il, son utilisation chez Nishida : « Ces dialecticiens - nous pensons en particulier à l’école bouddhique du Milieu - se servent de la dialectique non pour établir une doctrine explicative, mais pour faire table rase, afin que l’Expérience ineffable et irreprésentable jaillisse en toute sa pureté. On utilise la dialectique moins pour connaître que pour jeter bas les superstructures secrétées par la vie empirique et qui offusquent la présence immédiate de l’esprit à lui-même. Il s’agit de décaper l’esprit et de le ramener à sa réalité nue, en sorte que l’Expérience surgisse absolument pure »[2]. Il y fait de façon  explicite allusion afin d’illustrer sa logique du lieu, dans son dernier écrit, La logique du lieu et et la vision religieuse du monde, Bashoteki ronri to shūkyōteki sekaikan 場所的論理と宗教的世界観, avril 1945.

            Il est une source plus que probable de cette expérience pure. Nous avons remarqué que, dans son journal, Nishida a accordé une importance primordiale au Traité sur l’acte de foi dans le Grand Véhicule, Dacheng qixinlun 大乗起信論, ce traité apocryphe chinois du VIe siècle qui a tant influencé la philosophie bouddhique chinoise, coréenne et japonaise par la suite. Ce traité lui a permis de mettre en évidence la vérité authentique qu’il recherchait et qu’il a trouvée et qu’il veut illustrer en termes philosophiques et scientifiques actuels.

            Or, il est notable que l’un des professeurs de Nishida depuis septembre 1891, Motora Yūjirō 元良勇次郎 (1858-1912),[3]a rédigé un article touchant notre question, « An Essay on Eastern Philosophy, The idea of ego in oriental philosophy », traduit en français, « Essai sur la philosophie orientale, L’idée de moi dans la philosophie orientale », au Congrès international de psychologie, tenu à Rome du 16 au 30 avril 1905. L’article fait état de l’« expérience directe » en rapport avec l’expérience du Zen. Il l’explicite à l’aide de la doctrine du shinnyo 真如, qui se situe à deux niveaux : « Le Shinnyo, connu par une expérience directe… est la réalité même. Il n’est pas un être personnel, comme le Dieu du christianisme, mais est l’éternelle et immuable existence. » Sans le nommer Motora se réfère au Traité sur l’acte de foi dans le Grand Véhicule qui précisément est connu pour développer la Talité sur deux plans, l’un inconditionné, l’autre conditionné, qui semblent s’opposer aux yeux de l’intelligence conceptuelle mais sont unis dans l’expérience. Motora envisage le dépassement du paradoxe et du dédoublement comme une question aussi vieille que la philosophie même, celle du dépassement du « moi » ou du « soi » par la conscience ou par la volonté, cette dernière étant celle des stoïciens, de Kant et celle à laquelle tend le Zen. Le Zen réduit la connaissance à un aspect de l’activité, et le bouddhisme tient que sous l’angle de l’objectivité du système conceptuel, le dédoublement mental, l’autoréalisation et l’unification grâce à la volonté, relèvent d’un élément immuable, qui ignore le changement, que l’on est contraint de poser afin de comprendre d’où provient ce qui change. C’est cet élément qui est qualifié de Talité, Shinnyo, que Motora traduit par « la réalité en soi », « le fait réel », par opposition au « fait illusoire » qu’est la « représentation » et qui correspond à ce qu’il appelle la « potentialité psychique ». Or, on sait que Nishida a rédigé son « Chapitre partiel d’ouvrage sur l’expérience pure », Junsui keiken ni kansuru danshō 純粋経験に関する断章, au mois d’octobre 1905,[4] soit immédiatement après la publication de l’opuscule de Motora. En outre il publiera dans la Revue de philosophie (Tetsugaku zasshi) au mois d’août 1908 un article intitulé « Expérience pure, réflexion, volonté et intuition intellectuelle », qui reprend mot pour mot une partie de son Etude sur le bien, avant de publier un nouvel article dans la même revue, au mois de février 1910, intitulé « Rapports et relations mutuels dans l’expérience pure », objet d’une conférence trois mois auparavant.[5] On peut considérer que le point de départ méthodologique de Nishida caractérisé par l’« expérience pure » est dans ses spécificités en lien direct avec les positions de son professeur de psychologie Motora, soit qu’il en ait hérité à travers son enseignement soit qu’il en ait eu connaissance par cet opuscule de 1905. N’est-ce pas cette Talité que Nishida qualifie de « réalité » ou « vraie réalité », jitsuzai 実在, depuis l’époque d’Etude sur le bien ? 

 

 

Résumé (Raphaël PIERRES)

         Décentrer la première personne : Watsuji Tetsurô, Ômori Shôzô et Megumi Sakabe

Dans le fil d’une enquête que nous avons engagée sur le statut de l’intériorité, en particulier

chez Nishida Kitarô (2017-2020), puis sur la notion de  (2021-2022), nous proposons ici

une interrogation générale autour du décentrement de la première personne que nous

observons dans les textes philosophiques écrits en japonais. Au croisement de considérations

linguistiques, culturelles et conceptuelles, il en va du statut de l’ego vis-à-vis de l’altérité.

Cette étude est une manière pour nous de problématiser sous un angle nouveau l’universalité

et l’évidence du « Je pense ».  Que devient ce « je pense » dans une langue où le sujet n’a pas

valeur de condition indispensable, mais presque de complément circonstanciel ?

          Le travail désormais classique de Watsuji Tetsurô nous offrira un point d’entrée dans cette

question en nous amenant à prendre conscience des circonstances dans lesquelles la personne

se construit et s’inscrit, dans une double dimension, médiale et intersubjective. Nous

analyserons alors la tentative d’Ômori Shôzô de constituer une ontologie moniste en

proposant une critique réaliste (au sens épistémologique) de la distinction entre la chose et sa

représentation, entre l’objet et le sujet : il en va du point où la grammaire se noue à

l’ontologie. Le travail de Sakabe Megumi nous permettra enfin de faire la synthèse de ces

différents aspects en proposant à la fois une critique de la notion de sujet, et une

compréhension nouvelle de la notion de personne.

         Ainsi, prendre au sérieux l’inscription de la première personne dans le langage (sans toutefois

l’y réduire) nous conduira à explorer les intersections entre les champs linguistiques,

métaphysiques, épistémologiques, éthiques et esthétiques. Il faudra enfin en tirer les leçons. Si

nous faisons porter l’accent sur la manière dont la constitution de la première personne est

située, si ce sont finalement les autres personnes qui en sont la condition et lui donnent sa

pleine signification : la première personne n’est-elle jamais que seconde ?

 



[1]Article junsui keikenPure experience, Reine Erfahrung), dans le Dictionnaire de philosophie de Iwanami, p.480.

[2]Voir Olivier Lacombe, « L'expérience mystique », 1963, in Indianité, Paris 1979, pp.199-200 (Expérience pure par décapage de l'esprit selon le Madhyāmika; par arrêt des fabrications mentales selon le Yoga; la connaissance née de l'union de l'Expérience pure et de l'imagination transcendantale chez Diṅnāga et Śankara; la "connaissance générale chez le P. Surin (XVIIe siècle). Sur cette notion, voir la doctrine du "pancalisme" de T.Mark Baldwin (1861-1934)(Genetic Logic et Genetic theory of reality; voir Emile Bréhier, Histoire de la philosophie, T.II-4, p.995).

[3]NKZ, XIX, p. 744. Professeur à l’université impériale de Tokyo.  Nishida donne des cours de psychologie à partir de juillet 1899 au Lycée, Idem, p. 746. Il revoit son professeur en avril 1907, Idem, p. 749.

[4]NKZ, XIX, p. 748.

[5]NKZ, XIX, p. 750.