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vendredi 15 juin 2018

Conférences Samedi 30 juin 2018

KOBAYASHI Toshiaki (Université de Leipzig, Allemagne)  

« L‘instant appelé ma » « 間(ま)という瞬間 »

Le concept de « maintenant » est le nœud de la théorie philosophique du temps. À propos du « maintenant », on pourrait s’exprimer exactement comme Augustin : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus » (Confessions, 11, 14 [trad. Trabucco]). Nous le savons, mais nous ne le savons pas. 

Photo by Darius Soodmand on Unsplash
La notion couramment utilisée en un sens quasiment identique est celle de « présent ». Augustin a parlé de « présent du présent » ; or, ces deux présents sont-ils différents ou identiques ? S’ils ne sont pas différents, l’expression « présent du présent » n’a aucun sens. Et pourtant, s’ils ne sont pas identiques, il n’y a aucun sens à utiliser le même mot « présent ». Bref, le « présent du présent » est une identité différentielle qui fait sens in extremis, c’est-à-dire, pour parler comme Nishida, une « auto-identité contradictoire ». Nishida a désigné la même chose en parlant d’« éternel maintenant », ou encore d’« auto-détermination du maintenant ». 

En grec, il existe deux mots pour exprimer le temps : kairos et chronos. C’est le kairos qui est important pour le thème du maintenant-présent. Si le présent vivant qu’est le maintenant est kairos, chronos est quant à lui son objectivation. C’est justement parce qu’il est objectivé que chronos est quantifié, tandis que le maintenant qui nous apparaît plein de vie est l’instant qui ne peut être quantifié.


Le concept heideggérien d’Anwesen et le mot japonais ma 間 [intervalle] nous donnent quelques indices qui nous aideront à faire un pas en avant dans cette « généalogie du kairos » composée du maintenant, du présent, du kairos et de l’instant. Qu’est-ce qu’un intervalle se trouvant dans l’instant, dans le maintenant sans durée ? Quelle alternative cette question peut-elle donner à la théorie philosophique du temps?

哲学的時間論の核心をなすのは「今」の概念である。アウグスティヌスは「ではいったい時間とは何でしょうか。だれも私にたずねないとき、私は知っています。たずねられて説明しようと思うと、知らないのです」(『告白』11,14)と言っているが、この言葉は「今」という概念にこそふさわしい。われわれはそれを知っている、しかし、知らないのである。 


「今」とほぼ同義に使われているのは「現在」である。アウグスティヌスは「現在の現在」といったが、この二つの「現在」は違うのか、同じなのか。違っていなければ、「現在の現在」という表現は意味をなさない。しかしまた、同じでなければ、同一の言葉「現在」を使う意味がない。つまり、「現在の現在」とはぎりぎりのところで意味が成立する差異的同一、すなわち西田の言葉でいえば、「矛盾的自己同一」のことである。西田は同じことを「永遠の今」と言い、「現在の自己限定」とも言った。 


ギリシア語には時間を表わすのに「カイロス」と「クロノス」という言葉があるが、今=現在にとって重要なのはカイロスである。今という生きた現在がカイロスであるとすれば、それが対象化したものがクロノスである。対象化されているからこそクロノスは数量化されるが、生き生きと現前する今は数量化ができない瞬間である。 


こうした今、現在、カイロス、瞬間といった一連の「カイロスの系譜」をもう一歩推し進めるのに、ハイデッガーの「Anwesen」や日本語の「間(ま)」という概念がいくつかのヒントを与えてくれる。長さを持つことのない今という瞬間のなかにある間とは何か。それはこれまでの哲学的時間論にどのようなオルタナティヴを提供することができるのか。講演では、そのような問題に挑戦してみたい。



KURODA Akinobu (Université de Strasbourg)


By Liam Burnett on Unsplash
« Sujet et individu : une lecture simondonienne de Nishida et Tanabe » 

Le concept de shutai 主体 en japonais ne peut plus toujours se retraduire par « sujet », alors même que ce terme japonais fut introduit initialement, vers la fin des années 1920 ou au début des années 1930, afin de traduire le concept marxiste de sujet en tant qu’agent d’activité humaine. Qu’est-ce qui rend difficile voire impossible cette retraduction du japonais en français ? Quelle est la différence qui est devenue irréductible entre shutai et sujet ? Un shutai est-il toujours individuel, ou peut-il être collectif ? Un shutai appartient-il nécessairement à une espèce biologique et/ou à un groupe ethnique ? Quel est alors le rapport du shutai à son milieu ? Faudra-t-il aussi parler de la pathologie spécifique du shutai ? Autant de questions se posent autour du concept de shutai.


Cette communication se propose de réexaminer sous un angle nouveau le concept de shutai dans la dernière phase de la philosophie de Nishida et le concept de shu (espèce) dans la dialectique absolue chez Tanabe à la lumière des notions de sujet et d’individu définies conjointement l’une avec l’autre dans la philosophie de l’individuation de Gilbert Simondon.

À partir d’un commentaire d’une section portant sur la différence essentielle et existentielle qu’il faut établir entre sujet et individu dans le deuxième chapitre de la quatrième partie du livre majeur de Simondon, L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, nous allons tenter d’ouvrir une perspective dans laquelle pourraient se réconcilier les philosophies de Nishida et de Tanabe autour du concept de sujet individuel, afin d’aborder un problème délicat qui se pose aujourd’hui sur le rôle éthique à jouer pour un sujet dans le monde trans-/post-humaniste qui vient. 

La séance aura lieu : de 14h30 à 18h00 à l’Inalco, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris, salle 4.06.

mardi 13 juin 2017

Conférences Samedi 24 juin 2017

 
Antonio-Ryo SATO (Ordre des Prêcheurs, Strasbourg) 

Titre : La « contemplation existentielle » comme expérience authentique dans la religion selon Nishitani Keiji.


Résumé : « Surmonter le nihilisme à travers le nihilisme », c’est le thème sous lequel Nishitani Keiji (1900-1990) a cherché à redécouvrir le sens véritable de la religion. La modernité est arrivée à ne reconnaître aucune finalité providentielle à ce monde et à l’existence humaine. Selon Nishitani, il serait impossible de ne pas tenir compte de la réalité démontrée par les sciences modernes afin de revenir aux religiosités anciennes et désuètes. Toutefois, il trouve inacceptable que l’humanité continue à se déshumaniser de plus en plus par sa techno-puissance et à ne pas reconnaître le problème du nihilisme qui sape notre raison d’être. Si la religion peut avoir une valeur pour nous qui vivons l’histoire irréversible, elle doit pouvoir préciser son bien-fondé par rapport à la connaissance philosophique et scientifique qui repose, quant à elle, sur la raison autonome. En même temps, la religion ne doit pas se couper de la réalité indiquée par cette connaissance. Cela réclame naturellement que la religion ne se réduise pas à une foi qui rejette la raison humaine, autrement dit, qu’elle se débarrasse d’une certaine tendance fidéiste. Nishitani ne vise pas à faire cohabiter la connaissance rationnelle et la foi religieuse, ni à les mettre sur un pied d’égalité. Il ne s’agit pas non plus d’abolir simplement le fidéisme opposé à l’autonomie de la raison humaine. Pour lui, le sens véritable de la religion consiste dans une sorte d’expérience existentielle où le Transcendant absolument autre que moi est connu en moi comme Origine qui ne vient pas de moi-même. Cela est expérimenté par le moi qui se détache de moi-même en tant que sujet immuable ou ego réifié. Cette expérience est essentielle non seulement à l’égard de la connaissance rationnelle mais aussi à l’égard de la foi en tant qu’elle s’oppose à la raison. C’est en effet l’expérience existentielle qui se charge d’intégrer dialectiquement en elle-même ces deux instances opposées que sont la foi et la raison. Car on constate au sein de cette expérience que la négation absolue de soi devient affirmation absolue de soi par l’éveil à la subjectivité originaire. Ce qui revient à dire que la contemplation du Transcendant à l’intérieur de soi permet de se reconnaître dans le Transcendant. Cette contemplation fait ainsi vivre la liberté créatrice au milieu des pratiques de ce monde. Nishitani déclare que cela n’est rien d’autre que la mystique authentique réalisée par celles et ceux qui exercent la vraie « intelligence religieuse » englobant toutes les dimensions de la vie humaine.

KURODA Akinobu (Université de Strasbourg) 

Titre : Un autre dépassement de la modernité – le « sujet » de la « langue nationale » et son destin.